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SLM Lille

Mickaël Correia : "Une histoire populaire du football"

Publié par slm-lille le 02/04/2018 à 14:51:38 dans Conférences SLM-Lille
Mickaël Correia a récemment publié Une histoire populaire du football.
En attendant, peut-être une prochaine initiative de la Société Louise-Michel Lille qui lui sera consacrée, voici une interview récemment parue dans Télérama :


Liberté, égalité, reprise de volée : le foot populaire existe bien
Propos recueillis par Aurélien Ferenczi

Politique, le foot ? Le journaliste Mickaël Correia, auteur d’“Une histoire populaire du football”, explique qu’un ballon rond populaire et libertaire a toujours existé en marge des grands clubs.


On peut donc être supporter de foot et rédiger une somme sur son sport favori. Journaliste et familier du « kop » (la tribune populaire où s’installent les spectateurs les plus acharnés) du Red Star de Saint-Ouen, Mickaël Correia a fait de son engagement sportif une démarche quasi citoyenne. Ce journaliste de 34 ans raconte dans Une histoire populaire du football comment le ballon rond a été une poche de résistance libertaire contre les institutions qui cherchaient à l’encadrer, les régimes politiques qui utilisaient sa popularité, les puissances financières qui voulaient en tirer profit.
Son livre est un voyage. Il part de l’Angleterre du XIXe siècle, où naît le football moderne. Il traverse les grandes fièvres du siècle qui suit, des totalitarismes à la décolonisation, évoquant aussi bien le sport ouvrier des années 1930 en France que la « démocratie corinthiane », l’expérience d’un club de São Paulo dont l’autogestion, au début des années 1980, fut un défi à la dictature brésilienne. Son livre fait date au cœur d’une édition française encore rétive au sport le plus populaire au monde…

Foot des élites contre foot du peuple

Pourquoi recense-t-on aussi peu de recherches, historiques ou sociologiques, en France, sur le football ?

Nous sommes très en retard sur l’Angleterre. Chez nous, la critique radicale du sport, portée par des penseurs de gauche comme Jean-Marie Brohm, l’auteur de Sociologie politique du sport, a fait beaucoup de mal : le sport y est présenté comme un vecteur d’abrutissement des masses, porteur d’une idéologie fascisante.
Mais les choses changent peu à peu. Le but de mon livre est de montrer que depuis cent cinquante ans il existe un football des élites confisqué par les institutions sportives, tour à tour aux mains d’idéologies politiques ou économiques. Mais aussi et surtout un football du peuple, pratiqué par des millions de passionnés et qui a parfois créé des brèches et lézardé, même temporairement, cette domination.

Ce double mouvement de confiscation et de révolte ne remonte-t-il pas à la naissance même du football moderne ?
Absolument, le foot est un jeu populaire des villages anglais, qui va se faire accaparer par les classes dominantes. Son développement est intimement lié au capitalisme industriel : dans les public schools, où se forme l’élite du pays, le foot devient une arme pédagogique. Ses règles sont formalisées dès 1863 et sa pratique aide à inculquer l’esprit d’initiative, l’individualisme et le virilisme, soit les valeurs nécessaires aux logiques de développement industriel et de conquête coloniale.
Les patrons d’usine sortant de ces écoles vont à leur tour proposer ce sport à leurs ouvriers dans une dynamique de contrôle social : c’est un moyen d’améliorer la condition physique des travailleurs, et donc leur productivité, de les occuper pour qu’ils échappent à la boisson ou aux tentations syndicales. Effet inattendu : si les clubs naissent dans le giron du patronat, les pratiquants y trouvent le terreau d’une culture ouvrière et d’une conscience de classe.

L’une des premières « brèches » est cette finale de Coupe d’Angleterre, dès 1883, où les « prolos » de Blackburn battent les fils d’aristos d’Old Etonians, en inventant quasiment le jeu collectif…
Ce match est en effet un symbole où les ouvriers distillent leurs valeurs. D’un côté, l’individualisme des bien nés : l’honneur de chacun prime et faire une passe est quasiment une indignité. De l’autre, des ouvriers qui retranscrivent sur le terrain ce qu’ils vivent quotidiennement à l’usine : chacun est à son poste, mais si l’un d’entre eux galère, on va l’aider. La passe devient un geste fondateur du foot ouvrier, la victoire doit se partager. Et Blackburn gagne 1-0 dans les prolongations…

Comment, dans la même logique de contrôle, les institutions britanniques ont-elles enrayé le développement du football féminin, en 1921 ?
En l’interdisant, purement et simplement. Alors qu’à cette époque, à Liverpool, les matchs entre filles peuvent attirer au stade jusqu’à cinquante mille spectateurs. Quelques années plus tôt, un million de femmes ont été enrôlées à l’usine après le départ des hommes pour le front, et elles ont adopté le sport de leur frère ou de leur compagnon.
Mais des femmes sur un terrain de foot, évidemment, ça perturbe la société puritaine anglaise, ça crée un trouble du genre : la jeune Lily Parr, 15 ans seulement et déjà vedette de la meilleure équipe, est source de jeux de mots douteux dans les médias, où, pour l’évoquer, les chroniqueurs sportifs alternent sans cesse le « elle » et le « il »… Sans compter le manque à gagner de ces rencontres, qui échappent à la puissante Fédération.

Mussolini et Hitler utilisent-ils le football à des fins de propagande ?
La victoire de l’équipe d’Italie à la Coupe du Monde 1934, jouée à domicile, est une démonstration de puissance du fascisme, une manière d’affirmer la grandeur du « nouvel homme » vanté par le régime. Hitler, qui déteste le football, jugé trop cosmopolite, voit l’usage qu’en a fait le Duce. Mais l’équipe nationale allemande n’est pas très bonne. Premier gros échec, le quart de finale du tournoi olympique de 1936, contre la faible Norvège. Hitler est au stade, mais le quitte ivre de rage, accompagné de Goering et Goebbels, quand la défaite se précise.
Autre affront, après l’Anschluss : un Allemagne/Autriche est organisé en avril 1938 pour fêter l’union sportive des deux peuples germanophones, le match est truqué, il doit se terminer par un 0-0. Mais les Autrichiens désobéissent, marquent deux buts devant des dignitaires nazis tétanisés. Qui plus est, les buteurs sont le frêle Matthias Sindelar, d’origine tchèque, et l’imposant Karl Sesta, d’origine polonaise, surnommé « le Gros ». Deux joueurs aux antipodes de l’archétype aryen.

En France, vous exhumez un épisode oublié : en Mai 68, l’occupation de la Fédération française de football, lancée notamment par des journalistes…
La revue Miroir du football, proche du PCF, est la première, sous l’impulsion de son rédacteur en chef, François Thébaud, à critiquer l’irruption d’une logique productiviste dans le football : le résultat compte plus que le spectacle et la joie de jouer. Ils occupent la FFF, organisent des parties sauvages en plein 16e arrondissement de Paris, évoquent l’autogestion des clubs. Leur action ne sera pas vaine.
L’arrivée du « contrat à temps », en 1969, qui fait que le footballeur n’est plus la propriété à vie de son club, est une de leurs victoires. Ils impulsent aussi au sein du sport amateur le « Mouvement football progrès », très vivace en Bretagne : la mise en avant d’un « beau jeu », synonyme de plaisir et de collectif, contre les valeurs inculquées, encore aujourd’hui, par la Fédération.
Une école de la domestication du corps
C’est-à-dire ?
Depuis les années 1970, le foot est en France une école de la domestication des corps. Entraîneurs ou dirigeants formés par la FFF inculquent des valeurs peu reluisantes : stricte obéissance, esprit de compétition, etc. Un gamin veut d’abord se faire plaisir en jouant au foot, mais on va lui dire : « Non, tu es défenseur, tu dois marquer ton adversaire et respecter les consignes. »
Comme dans le monde du travail : apprendre à être à son poste, se soumettre à l’autorité, faire son petit segment de production. Dans le football comme le salariat, la quantification est devenue la loi : écoutez les commentateurs télé affligeants passer leur temps à noter les joueurs sans jamais parler stratégie collective. La résistance à ce mouvement, c’est aujourd’hui l’explosion spectaculaire d’un football de rue, notamment dans les cités. Un football sauvage, hors club et hors licence.

Résister, selon vous, c’est aussi le rôle des supporters ? Vous pointez leur participation aux grandes émotions populaires récentes, comme la révolution égyptienne de 2011…
Ce sont des « ultras », des héritiers des supporters gauchistes radicaux apparus dans l’Italie des années 1970. Deux sentiments les animent : une logique d’autonomie et un antiautoritarisme farouche, contre les injonctions des institutions et les répressions policières. Quand cette culture arrive en Afrique du Nord, via Internet, elle dérange les régimes autoritaires.
Les ultras du club cairote Al Ahly étaient en première ligne des mouvements de révolte anti-Moubarak, et ils affichent un mode de vie résolument hostile aux conservatismes patriarcal et religieux : dans les tribunes, alcool, drogue et drague ont droit de cité. D’autres supporters luttent à leur façon contre le foot business : c’est l’exemple des « protest clubs », comme le FC United, créé pour protester contre le rachat de Manchester United par un milliardaire américain. Mieux vaut un petit club familial, où l’on prend plaisir à se retrouver, qu’un stade aux tarifs exorbitants, où les supporters sont traités comme des consommateurs.
Foot et Notre-Dame-des-Landes, même combat

N’y a-t-il pas chez certains supporters une pratique identitaire fortement marquée à droite ?
En Italie, le marquage à gauche va se diluer, avec la montée des populismes, au profit de l’extrême droite. En Allemagne aussi… La plupart des mouvements « ultras » restent ancrés à gauche, mais ils jouent sur des lignes politiques qui nous déstabilisent, notamment les questions d’identité et de territoire, des notions confisquées par la droite.
Pour les ultras, l’identité et le territoire ne sont pas des éléments exclusifs, porteurs de dérives xénophobes, mais le support de liens communautaires, d’esprit de solidarité. Il y a un parallèle possible entre la ZAD de Notre-Dame-des-Landes et une tribune tenue par des ultras : il est question d’un territoire qui appartient pleinement à ceux qui l’habitent, un espace de liberté, exempt de répression, synonyme de solidarité.

La prochaine Coupe du Monde, organisée en juin en Russie, sera-t-elle l’occasion de manifestations anti-Poutine ?
On peut l’espérer. En 2014, au Brésil, des mouvements sociaux ont éclaté et le peuple s’est révolté contre l’institution footballistique. Mais, en tout état de cause, la Coupe du Monde sera encore l’occasion pour plein de gens de se retrouver, de partager un moment ensemble. Ici, à Paris, les cafés vont être remplis. C’est la contradiction même du football : un grand spectacle qui brasse des milliards, mais aussi un magnifique vecteur d’échanges. Comme un espéranto un peu bizarre, un moyen incroyable pour entamer le dialogue avec l’autre.

A lire : Une histoire populaire du football, de Mickaël Correia, éd. La Découverte, 416 p. 21 €.


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